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Le Gipier
La Haute-Provence, la Provence et peut-être bien tout le Sud-Est français se caractérisent par un usage très répandu du plâtre. Celui-ci était aussi bien l'oeuvre de nombreux spécialistes, les gipiers, qui pouvaient contrôler tout le cycle, depuis l'extraction jusqu'à la finition sculptée, en milieu urbain, que le fait d'une pratique autonome dans le cadre d'une entraide locale, familiale. Ces pratiques rurales sont confirmées par l'existence d'un droit d'extraction dans les carrières communales, dont certaines sont restées en activité jusqu'à leur cession récente.
Ainsi en 1866 le Conseil municipal d'Esparron-la-Bâtie en appelle t-il au sous-préfet : «Depuis un temps immémorial, la carrière de plâtre située sur les terrains de la commune de Bayons et possédée par Messieurs Daumas Etienne et Pierre servait à l'usage des habitants de notre commune ; aujourd'hui les propriétaires en défendent l'extraction, même moyennant indemnité.»
A La Garde, près de Castellane, le conseil accepte en 1874 de concéder la carrière, «en laissant, bien entendu, la faculté aux habitants de la localité d'aller en tout temps extraire pour son usage».
En Provence, dans un univers qui ignorait le ciment, à côté du maçon qui travaille la pierre et la chaux, il y avait le «gipier» dont le rôle a été prédominant. A Riez, entre 1560 et 1630 les archives notariales citent 37 artisans gipiers (dont sept Aixois) et seulement 22 maçons et tailleurs de pierre. Voyageur, comme beaucoup dans les métiers du bâtiment, le gipier pouvait être le responsable du chantier et même parfois de l'ensemble de la construction de la maison, jusqu'au début de ce siècle. En effet même dans les milieux modestes on faisait appel aux conseils de ce spécialiste qui cumulait parfois les fonctions d'architecte et de maître d'oeuvre.
Dans le cadre propice des Préalpes du sud, le gipier a été pendant plusieurs siècles à l'origine d'une véritable culture du plâtre dans l'habitat qui décline toute la gamme des pratiques rustiques et fonctionnelles, sobres et nues, surchargées et maniéristes. Cette profusion du travail des gipiers laisse une impression de variété et pour tout dire de liberté.
-origines :
Francine Simonin note : «en Provence l'utilisation du plâtre local a probablement eu cours sans interruption de l'époque gallo-romaine à nos jours. Cette continuité est rare et partagée par peu de régions (Ile-de-France, Picardie)».
Les nombreux affleurements de gypse (plus d'une cin-quantaine dans les Alpes de Haute-Provence actuelles, particulière¬ment présents sur les axes Bléone-Durance et en Luberon), ont permis l'éclosion et la persistance d'usages locaux et de pratiques répandues, ainsi que l'existence de nombreux gipiers qualifiés.
La Haute-Provence fournira par exemple à elle seule entre le quart et la moitié des maîtres non-aixois de cette ville aux XVe et XVIe siècles (concurremment aux gipiers du Val de Loire et du Piémont italien).
-organisation :
C'est à la fois une pratique autonome non professionnelle et un métier. P Bernardi signale qu'à partir de 1582 les gipiers forment à Aix un groupe à part entière dans la confrérie Notre-Dame-de-Beauvezet. Ce n'est qu'au début du XVIe siècle que l'on voit apparaître à Aix les qualifications professionnelles de «faiseur», «cuiseur» ou «broyeur» de plâtre. Cependant de nombreux artisans maîtrisaient toute la chaîne de fabrication, avec au niveau rural, particulièrement en Haute-Provence, une diffusion de ces pratiques utilisées jusque dans l'avant-guerre.
-outillage :
A la base il est très simple, ce qui a permis la diffusion et le maintien de l'activité : piques et pics pour l'extraction, rouleau de calcaire ou masses de bois à manche souple pour le battage, pelle, tamis.Aux gipiers en fin d'apprentissage sous l'ancien régime à Aix-en-Provence on donnait toujours une truelle et souvent une auge, un «plomb», une règle et un marteau..
Du gypse au plâtre.
Platre.
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