«GIP, PLASTRE ET GIPAS»
Le substantif gypse vient du grec gupsos via le latin gypsum. C'est lou gip provençal qui désigne cette matière et a généré nombre de mots : lou gipier, lou four de gip, lou gipas, la giparié...
L'étymologie du mot plâtre est plus complexe : le terme est issu d'une famille de mots grecs dont provient plastiké, l'art de modeler, et d'où dérivent l'adjectif plastikos comme le verbe emplattein, façonner. Ces termes traduisent la nature particulière du produit. Nous parlons aujourd'hui, sur le même registre, des propriétés plastiques du plâtre. Le substantif emplâtre apparaît au XII' siècle. Le français l'emprunte au latin emplastrum pour désigner une médication à base de farine diluée que l'on appose comme un pansement. De là naît par analogie le mot plâtre au XIIIe siècle.
Provençal contemporain et français régional de Provence intègrent cette dualité et différencient la matière première, lou gip, du produit fini, lou piastre. Du premier terme subsiste la gipière (la carrière de gypse), souvent devenue toponyme, et la gypserie. Le four de gip a rarement survécu, il est communément dénommé four à plâtre. On n'engipe pas un mur, on l'emplastre. Que le mur s'éboule cependant, que son enduit se défasse et voici que les décombres se nomment les gipas. La référence au matériau brut prime. Il a perdu sa qualité de liant, de matière modelable, ne saurait plus être piastre ni plastras. Le gipas est un gip suivi de l'augmentatif as, péjoratif. Il redeviendra piastre une fois recuit et utilisé pour enduire une cloison.
Manda un gipas a un chin, c'est, par extension, jeter à un chien une pierre puisée dans les décombres. Manda un emplastre en quaucun, c'est donner une gifle à quelqu'un.
UNE OCCUPATION DU «TEMPS PERDU»
On ne construit ni n'enduit plus de bâtiments au plâtre local depuis la seconde moitié du XIXe siècle. La production industrielle de la chaux se développe et concurrence largement ce liant traditionnel, dont on use cependant de manière occasionnelle jusqu'aux premières décennies du XXe, pour entretenir les bâtiments hourdis au plâtre sur lesquels la chaux prend mal. On a toujours besoin d'un peu de plâtre pour resceller une poutre, le gond d'un volet ou «raccommoder un mur qui s'en va». Les témoignages en attestent : la production domestique est réduite, elle cesse dès la seconde guerre mondiale.
De nombreux jours s'écoulent entre l'extraction du gypse et sa transformation en plâtre. Les étapes s'échelonnent au fil des saisons : extraction progressive des blocs, transport à dos de mulet de la carrière à la route, charroi jusqu'aux abords du four, préparation de la fournée. C'est une occupation solitaire, un travail dit du «temps perdu», une tâche annexe à laquelle se livrent les hommes lorsqu'ils n'ont rien de plus urgent à faire. Seules les opérations de cuisson et de concassage se programment, elles se suivent nécessairement et constituent des opérations socialisées.
Cet abandon progressif marque toujours le paysage et donne parfois un sentiment de temps arrêté. On trouve des fours «garnis» que l'on n'a jamais cuits. Il est des monceaux de gypse au bord des routes que l'on n'a pas jugé bon de venir prendre, du plâtre cuit au fond des remises qui n'a jamais servi et ne servira plus.